Le Campement

Environnement

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Au début, il y avait une terre vallonnée, belle et féconde…
L’homme infatigable amoureux se dit qu’il allait l’aimer. La creuser, la pétrir, la posséder sans l’enlaidir.
Pour la fertiliser, un grand forage au fond de ses entrailles fit jaillir l’eau. L’eau ! Comme une offrande. L’homme y mit ses lèvres, heureux. Son travail allait porter ses fruits : le travail d’une vie.
Il lui faut d’abord planter. Planter encore encore et encore ; planter toutes les essences possibles parce qu‘elles parlent entre elles un langage si varié, entrelacs de bruits, de couleurs et d’odeurs… Sortir une graine de sa gangue, et l’enfoncer du pouce dans le sol humide … Puis sans attendre l’irriguer, apporter goutte à goutte à toutes les parcelles de ce grand corps alangui, le frisson de la vie.
Devant de si belles courbes il ne doit procéder que par caresses, uniquement à mains d’homme. De sa chair qui est terre, élever des murs, de ses cheveux qui sont paille tresser des toitures.
Toujours, toujours éviter de la blesser. Même après tant d’années passées ensemble, une erreur est si vite arrivée. Parce que l’homme change, prend de l’assurance, rêve de grands chantiers. Elle aussi change ; maintenant elle se dissimule sous la végétation, devient pudique. Pour la redécouvrir, il doit tailler des passages, des allées, des chemins, se souvenir de ses courbes qui l’avaient séduit. Laisser les chantiers aux bulldozers et rester un homme aimant.

Hervé Depardieu